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Le problème n’est pas le nombre de vos projets. C’est leur taille.

Découper, c’est piloter

« Arrêtez la moitié de vos projets » est un bon conseil pour un grand groupe. Dans une PME, c’est rarement applicable : aucun des projets en cours n’est de trop. Ce qui est de trop, c’est la durée qu’on leur a donnée avant le premier résultat.

Un conseil juste, et inapplicable

Le discours dominant sur les portefeuilles de projets tient en une phrase : vous en avez trop, arrêtez-en. La question qui compte ne serait pas « quels projets lancer » mais « quels projets arrêter ».

Dans une entreprise de quelques centaines de personnes, essayez de l’appliquer. L’ERP est engagé et à moitié payé. La mise en conformité ne se reporte pas. Le rachat a été signé et il faut intégrer une équipe. Le client principal attend une évolution promise l’an dernier.

Aucun de ces projets n’est de trop. Vous ne les avez pas lancés par confort, mais parce que chacun répondait à une contrainte réelle. Le conseil est juste dans son principe et sans prise sur votre situation.

Ce qui pose problème n’est pas leur nombre. C’est que chacun a été taillé pour durer dix-huit mois avant de produire quoi que ce soit de vérifiable.

Ce que coûte un projet trop long

Un projet de dix-huit mois ne coûte pas seulement dix-huit mois de charge. Il coûte dix-huit mois pendant lesquels vous ne pouvez rien décider à son sujet.

Vous ne savez pas s’il tient ses promesses, puisqu’il ne produit rien d’observable avant la fin. Vous ne pouvez pas le réduire, puisque son périmètre a été pensé d’un bloc. Et vous ne pouvez plus l’arrêter, puisqu’il a déjà trop coûté — l’argument qui fait continuer des projets dont plus personne n’attend grand-chose.

Ce coût est plus lourd pour une PME que pour un groupe. Vous n’avez pas la profondeur d’organisation qui permet d’absorber sans dommage : les personnes mobilisées sur ce projet sont aussi celles qui font tourner l’entreprise. Quand un projet long dérive, il ne dérive pas seul.

Découper, c’est piloter

Un portefeuille de projets plus courts et plus ciblés est plus facile à piloter qu’un portefeuille de projets longs, même s’il compte davantage de lignes.

Le critère de découpage n’est pas la durée pour elle-même, c’est le délai avant le premier jalon vérifiable. Un repère utile : quatre-vingt-dix jours. Non pas pour exiger un résultat final sous quatre-vingt-dix jours — les sujets structurants ne s’y prêtent pas — mais pour vérifier qu’un jalon significatif tombe dans cet horizon.

Découper, c’est piloter

Le découpage se fait par ce qui devient utilisable, jamais par phases techniques. Découper en « spécifications », « développement », « recette » ne vous donne aucun point de décision : aucune de ces étapes ne produit un résultat que vous puissiez évaluer. Découper par périmètre — un site, une gamme, un processus, une population d’utilisateurs — vous en donne trois.

Ce que le découpage change pour les équipes

Ce sont les mêmes personnes, sur le même sujet. Ce qui change, c’est l’horizon.

Une échéance à quatre mois se défend en réunion, se tient dans un agenda et se compare à la réalité. Une échéance à dix-huit mois se renégocie sans que personne ne s’en aperçoive : elle est toujours assez loin pour qu’un retard de trois semaines paraisse rattrapable.

Le découpage rend aussi la révision normale. Réviser un planning n’est pas l’aveu d’une défaillance, c’est sa normalité : un planning qui ne bouge jamais est suspect, celui qui se révise avec méthode est simplement piloté. Sur des tranches courtes, cette révision se fait à la fin d’une tranche, avec des faits — plutôt qu’en cours de route, avec des impressions.

Ce que le découpage ne remplace pas

Deux précisions, pour éviter le contresens.

Découper n’autorise pas à tout lancer. Prioriser reste nécessaire, et certains projets doivent effectivement s’arrêter. Le découpage change simplement le moment où vous disposez des éléments pour en décider : au quatrième mois plutôt qu’au dix-huitième.

Et le découpage ne dit rien de vos ressources. Trois tranches courtes qui mobilisent la même personne au même moment restent trois tranches qui ne tiendront pas. C’est la prévision des charges par type de ressource qui fiabilise les échéances — et c’est, il faut le dire, un chantier en soi.

Cas anonymisé

Trois fonctions, trois façons de suivre, une seule équipe

Contexte

PME industrielle d’environ 350 collaborateurs. Projets de développement produit, projets informatiques et plans d’actions qualité avançaient en parallèle, suivis séparément par les Méthodes, l’Industrialisation et la Maintenance.

Enjeu

Les informations étaient réparties entre plusieurs fonctions, ce qui compliquait la lecture des priorités, des alertes, des responsabilités et des échéances — alors que les mêmes personnes intervenaient sur les trois périmètres.

Intervention

J’ai structuré le pilotage des différents portefeuilles autour d’un outil unique, consolidé les plannings et les alertes, clarifié le suivi des responsables, et accompagné les équipes dans l’adoption des nouveaux usages.

Résultat

Un pilotage homogène des projets et des plans d’actions, et une meilleure visibilité sur la planification, la capacité des ressources et les surcharges.

Ce que cela a changé

Les écarts sont devenus lisibles assez tôt pour être traités comme des décisions. Sans effectif supplémentaire, et sans usine à gaz.

Les situations restent anonymisées. Les noms de clients ne sont publiés qu’après autorisation explicite.

La prochaine décision

Prenez vos trois projets les plus lourds, ceux qui mobilisent le plus vos équipes. Posez-vous une seule question.

« À quelle date obtenons-nous, sur chacun d’eux, un premier résultat que je puisse constater moi-même ? »

Si la réponse dépasse six mois pour les trois, votre difficulté ne vient pas du nombre de projets que vous menez. Elle vient de ce que vous vous êtes interdit de décider quoi que ce soit à leur sujet avant l’année prochaine.

Oui, il est possible de faire mieux avec les mêmes moyens.

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Christophe Albarede

Christophe Albarède

Pilote de portefeuilles de projets & programmes
PMO exécutif senior
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